5 tendances accentuées par la  pandémie qui vont marquer  l’Église et l’évangélisation 

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Cet article de Philippe Monnery a été publié une première fois dans le Journal de France Evangélisation en mars 2021.

À quoi s’attendre pour le monde d’après ? Plutôt qu’une révolution, il semble que nous vivions  une accélération de tendances de fond qui étaient déjà présentes en germe dans notre  société. Des tendances à intégrer dans nos fonctionnements d’Église et pour l’évangélisation.  

1) La fin d’un occident au progrès sans fin 

Le modèle occidental depuis la seconde guerre mondiale a été marqué par une société de  croissance, d’abondance et de progrès. Cette tendance commençait à décliner depuis les  années 2000 et cette fois une véritable inflexion a lieu. Les pays n’ont pas géré la pandémie  de la même façon et l’occident a particulièrement souffert. Le transfert de richesse vers l’Asie  s’est accentué pendant que nos pays tentent de maintenir l’économie par des plans de relance  sans précédents dans l’histoire et des politiques politiques inflationnistes de grande envergure (la quantité de dollars en circulation a notamment été multipliée par 4,5 en un an. Une  tendance moindre mais similaire s’observe pour la zone euro). 

Les conséquences sont déjà prévues : augmentation massive de la dette, réduction du pouvoir  d’achat, augmentation du chômage, troubles sociaux… 

L’occident va retrouver le chemin de la souffrance et d’une vie plus difficile. Nos Églises ont  plutôt bien réussi en contexte de croissance. Sauront-elles s’adapter à ce nouveau paradigme  où les ressources financières vont diminuer et où notre discipulat devra retrouver une  dimension plus forte de souffrance et de sacrifice ?  

Israel Oluwole Olofinjana, pasteur Nigérian au Royaume-Uni et directeur d’un centre de  recherche pour les missionnaires issus des « pays du sud » note que les chrétiens issus du  monde majoritaire ont une expérience beaucoup plus grande du discipulat en contexte de  souffrance.1 

Beaucoup de nos frères et sœurs issus des diasporas vivant en Europe ont découvert la foi  dans des contextes de souffrance et d’injustice systémique. Ont-ils des choses à nous  apprendre sur la vie de disciple au milieu de la souffrance ?  

2) L’accélération de la digitalisation  

Ce n’est un secret pour personne, la pandémie a favorisé l’adoption de masse des outils de  communication digitale. Là ou une appli comme zoom était principalement utilisée pour la préparation de projets internationaux nécessitant de travailler à distance, elle est devenue le  quotidien de la plupart des chrétiens de nos Églises.  

On pourrait croire que cette tendance s’arrêtera une fois la vie normale retrouvée. Rien n’est  moins sûr. Les entreprises ont adopté en masse le télétravail et commencent à en mesurer les  bénéfices en termes de coûts que ce soit au niveau des transports ou des locaux nécessaires.  Dans un contexte économique difficile, un retour en arrière semble peu probable. De  nombreuses startups avaient déjà prouvé qu’une entreprise pouvait être efficiente tout en  travaillant à distance, c’est une tendance de fond qui s’accélère.  

Le changement dans les modes de travail aura forcément des répercussions sur le  fonctionnement des Églises. Comment justifier qu’il faille demander 20 minutes de route à 30  personnes pour assister à une étude biblique après une journée de travail, alors que ces  mêmes personnes auront travaillé, et assisté à des formations à distance dans le cadre de leur  profession ? Comment justifier le budget nécessaire à des réunions de comité en présentiel,  si les entreprises basculent massivement dans le travail à distance ?  

Et que dire de la jeune génération qui pousse pour cette adoption en masse ? Une étude  réalisée en Angleterre montre que 25% des adultes ont assisté à un service religieux en ligne  pendant les confinements, alors que l’assistance générale est de moins de 10% habituellement. Parmi eux, un tiers avait entre 18 et 34 ans ! Des mouvements  d’évangélisation comme Alpha ont doublé l’assistance à leur programme d’évangélisation en  ligne.2 

Il y aura toujours des évènements présentiels, mais un nouveau paradigme s’ouvre qu’il faudra  prendre en compte notamment pour l’évangélisation avec des outils adaptés.  

3) La fragmentation sociale  

La digitalisation s’accompagne d’une diminution des interactions sociales. Les gens croisent  de moins en moins de personnes en dehors de leur réseau familial ou de leurs collègues de  travail. Paradoxalement les réseaux sociaux numériques qui seraient censés connecter les  personnes accentuent encore ce phénomène.  

Avec ses algorithmes, votre réseau social préféré met en avant les contenus et les personnes  susceptibles de vous intéresser le plus. De fil en aiguille vous ne voyez plus que des gens qui  vous ressemblent, des contenus qui vous ressemblent. La diversité et l’altérité disparaissent  au profit de groupes homogènes qui tendent à se radicaliser dans leurs convictions communes  à défaut de contradiction.  

Comment l’Église peut-elle se connecter avec toutes ces tribus alors qu’elle est touchée par le  même phénomène d’entre-soi ? Comment attirer de nouvelles personnes, quand les contacts  disparaissent ? C’est là où il nous faut redécouvrir l’incarnation. Cette capacité à être Église au  milieu du monde plutôt qu’à côté.  

Les pasteurs ou les évangélistes « professionnels » n’ont peut-être plus les moyens de  pénétrer les réseaux relationnels comme avant ou de faire venir les personnes mais l’immense majorité des chrétiens le peut. Par notre famille et notre activité nous avons tous au moins  accès à deux réseaux relationnels. Encore faut-il que chaque chrétien soit encouragé à investir  du temps dans ces cercles (quitte à renoncer à certaines activités d’Église ?) et équipé pour y  apporter un témoignage pertinent.  

4) Des communautés de vie brisées 

Les mois écoulés ont eu un impact lourd sur nos communautés de vie. Si cela s’est ressenti  dans nos Églises c’est sans doute encore plus vrai en dehors. Les violences conjugales et la  maltraitance au sein des familles ont augmenté. La solitude s’est accentuée. L’insécurité liée à l’incertitude de l’avenir et aux changements constants de règles a créé un traumatisme  profond dont les effets se font déjà sentir.  

Comme le note la psychologue Gladys K. Mwiti, dans la dernière revue du mouvement de  Lausanne : « Une récente méta-analyse de l’impact de la COVID-19 sur la santé mentale fait  apparaître une prévalence de 29,6 % de stress, 31,9 % d’anxiété et 33,7 % de dépression. […]  les nations semblent obnubilées par le contrôle de la propagation du virus et le traitement  médical des personnes infectées, aux dépens des besoins tout aussi urgents en matière de  santé mentale.» 3 

Il y a là une tendance très inquiétante seulement une année après le début de la pandémie et  qui devrait encore s’accentuer dans l’avenir avec la crise socio-économique.  

Quelle réponse l’Église peut-elle apporter ?  

Comme le note le sociologue et historien Rodney Starck4, la croissance explosive du  christianisme au 2ème et 3ème siècle a été consécutive au fait que les chrétiens soient restés présent dans les centres urbains pendant les grandes épidémies. Ils ont ainsi témoigné par  leur présence et leur générosité.  

Quand les communautés de vie souffrent, l’Église souffre aussi. Mais contrairement aux autres  elle peut trouver consolation dans le messie qui a souffert pour elle et apporter cette  consolation aux autres.  

N’est-ce pas dans ce duo incarnation/communauté que l’Église pourra rester en mission dans  ces temps particuliers ?  

5) L’émergence d’un état plus fort 

C’est aussi une tendance qui s’affermit ces dernières années, les enjeux du terrorisme mondial  associés aux enjeux de la crise environnementale favorisent un renforcement de mesures  autoritaires.  

La pandémie a accentué cela dans de nombreux pays. États d’urgence, restriction de  déplacements, fichage, encouragements à la dénonciation, autant d’aspects inquiétants qui  peuvent favoriser par la suite l’émergence de régimes plus autoritaires. Comme le note Jason  Mandryk d’Operation World, « c’est rare, même dans les démocraties libérales, qu’un gouvernement renonce volontairement à un plus grand contrôle sur leurs citoyens une fois  que ce contrôle a été obtenu.» 5 

Dans notre pays, nous notons que cela s’accompagne de restrictions quant à la liberté  d’éducation, d’association et de culte qui laissent entrevoir des temps plus durs pour nos Églises.

Si nous y sommes peu habitués dans notre contexte, cela a souvent été le lot de l’Église dans  l’histoire et dans bien des endroits du monde encore aujourd’hui. À chaque fois l’Église a pu tenir en renouvellement sa foi dans la Seigneurie de Christ. C’est lui  que nous devons craindre ! 

N’est-ce pas ce dont nous avons besoin aujourd’hui pour l’évangélisation et dans notre vie  d’Église ? Nous rappeler que si Christ le Seigneur est venu pour servir et donner sa vie alors  nous pouvons regarder l’avenir avec espérance et servir en suivant ses traces.  


1 https://www.lausanne.org/fr/mediatheque/laml/2020-09-fr/decoloniser-la-mission

Jason Mandryk, Global Transmission, Global Mission – The Impact and Implications of the CoVid-19 Pandemic,  Operation World. 

3 https://www.lausanne.org/fr/mediatheque/laml/2021-01-fr/batir-lespoir-et-la-resilience-dans-la-tempete de-la-covid-19#post-188398-endnote-ref-5 

4 https://www.lausanne.org/fr/mediatheque/laml/2020-11-fr/opportunites-de-manifester-le-royaume-de dieu-en-comblant-certaines-disparites-face-a-la-covid-19

Jason Mandryk, Global Transmission, Global Mission – The Impact and Implications of the CoVid-19 Pandemic,  Operation World.

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