Retour à l’Église: comment réapprendre à vivre ensemble après le Covid-19 ?

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Manu Renard, pasteur de l’Église de Pontault-Combault répond aux questions de Priscilla Ploquet sur les défis du vivre ensemble et de la diversité dans l’Eglise locale suite au Covid-19. 

Manu, tu es intervenu au dernier congrès CAEF sur la question de la diversité dans l’Eglise. Selon toi, en quoi la diversité est une bénédiction et un défi pour les responsables d’Églises ? 

Je pense que la diversité est une bénédiction parce qu’elle nous vient de Dieu. C’est lui le créateur de cette diversité que l’on observe dans tout ce qu’il a créé. Quand on expérimente cette diversité accompagnée d’unité, d’harmonie, cette bénédiction nous procure une joie plus grande. C’est par exemple, cette joie plus intense lors des cultes où l’on accueille des nouvelles personnes ou bien un groupe de l’étranger. 

Pourtant, on le sait, vivre la diversité est aussi un défi parce ce n’est pas instantané. Notre nature pécheresse, notre égoïsme et notre égocentrisme sont autant d’obstacles qui rendent difficiles l’harmonie dans la diversité. C’est une réelle bénédiction mais le chemin pour l’apprécier peut être compliqué. On peut finir par se sentir découragé par les défis, frustré par les échecs, et finalement on préfère viser moins haut et se replier sur une sorte d’uniformité moins exigeante. Lors du dernier congrès des CAEF, j’ai choisi de parler d’Ephésiens 2 qui montre justement toute la beauté de cette bénédiction sans cacher les défis qui sont devant nous. On comprend même le caractère impossible de cette diversité épanouie sans l’œuvre de Jésus-Christ.

“Mais maintenant, en Christ-Jésus, vous qui autrefois étiez loin, vous êtes devenus proches par le sang de Christ. Car c’est lui notre paix, lui qui des deux n’en a fait qu’un, en détruisant le mur de séparation, l’inimitié.” Ephésiens 2:13-14

Quand on parle de diversité, on pense en premier lieu aux différences culturelles. Est-ce que tu vois d’autres formes de diversité dans l’Église ? 

Oui, la diversité est partout. La plus visible, en effet, c’est la diversité culturelle mais on oublie parfois la diversité qui concerne nos goûts personnels. Je me souviens que dans les années 80-90, on avait du mal à se mettre d’accord sur nos préférences au niveau de la louange et sur le choix de tel ou tel recueil. C’était déjà une question de diversité. Dans l’Eglise, il y aussi la diversité liée à nos arrière-plans sociaux, à nos niveaux de formation, à nos différences de caractères, comme pour les introvertis ou les extravertis par exemple. 

On retrouve bien sûr la diversité générationnelle. Il en résulte parfois une diversité dans la manière de s’informer. On observe particulièrement cet écart depuis un an et demi, entre ceux qui s’informent via la presse écrite, les journaux télévisés traditionnels, les chaînes d’infos et ceux qui s’informent plutôt sur les réseaux sociaux. Cette diversité n’est pas sans incidence sur la manière dont se forment nos raisonnements et nos opinions. 

Aujourd’hui, on assiste à un retour en présentiel des chrétiens aux rencontres de l’Église. Comment gérer la diversité d’après Covid-19, entre ceux qui ne sont pas venus à l’Église depuis un an, ceux qui sont arrivés entre-temps, ceux qui sont contre le vaccin et ceux qui sont pro-vaccins, etc. ?

Je crois que quelle que soit la forme de la diversité, la première clef c’est de se garder d’être dans le jugement. En parlant de culture, c’est justement une tendance très forte chez les français ! Il faut se garder de nos jugements hâtifs et en particulier si nous sommes responsables. Il nous faut apprendre à accepter cette diversité d’opinions. Ce qui ne veut pas dire qu’il faut être d’accord avec tous, mais nous devons veiller à ne pas tomber trop vite dans le jugement. Ce n’est pas facile et c’est une discipline à apprendre. « Être lent à juger » est un principe sage quel que soit le domaine ou la nature de la diversité.

Nous avons d’ailleurs un exemple de diversité dans la Bible (il est tellement évident et pourtant on passe souvent à côté) en ce qui concerne les disciples que Jésus a choisi. C’est assez marquant de voir qu’il s’est choisi des personnes très différentes surtout sur le plan politico-religieux. Il semble que les disciples avaient des convictions politiques et religieuses éloignées les uns des autres au moment de leur appel, et pourtant Jésus les a appelés à faire partie d’une même équipe. C’est intéressant cette volonté de notre Seigneur de prendre le risque de favoriser cette diversité. 

Sur la question du retour au culte en présentiel, on constate qu’un grand nombre de personnes aspire à revenir. L’être humain est un être relationnel, et même s’il a un caractère difficile on voit qu’il a cette profonde aspiration. Avec les responsables de notre Église, nous n’avons pas choisi de mettre la pression ou de culpabiliser ceux qui n’étaient toujours pas revenus au culte. On a laissé chacun faire son chemin, sans jugements hâtifs sur ce point. Les gens peuvent avoir de bonnes raisons de revenir plus ou moins rapidement. Ce qui est important c’est qu’ils ne se sentent pas juger à leur retour, même s’ils reviennent après un certain temps. Nous ne voulons pas les montrer du doigt ou les considérer comme des chrétiens de seconde catégorie. Ce qu’on a vécu était nouveau pour tout le monde et nos réactions n’ont pas forcément été rationnelles. Nos peurs sont aussi très différentes selon que l’on ait 70 ans ou 20 ans. 

Ce n’était pas une période de persécution et les gens n’ont pas abandonné la foi. Il est possible que certains ne soient pas revenus par paresse ou par tiédeur mais l’Eglise est là aussi pour les accueillir. Les paroles du Seigneur feront leurs œuvres dans les cœurs en son temps. Notre rôle en tant qu’ Église, c’est quand même d’accueillir tout le monde, comme Christ nous a accueillis. Cette année a été éprouvante pour tout le monde et je n’ai pas envie d’en rajouter avec un esprit de jugement.

Concrètement, est-ce qu’il y a des choses que vous avez mises en place dans ton Église pour aider les membres à vivre l’harmonie dans la diversité ? 

La première chose à faire, c’est d’être à l’écoute de ces diversités. Quand on fait les annonces lors des cultes ou qu’on donne des illustrations dans les messages, il faut prendre en compte la diversité afin de s’adresser à tous nos frères et sœurs. Par exemple, étant marié à une épouse sud-coréenne avec une culture plus communautaire, j’évoque souvent nos différences de réactions sur des situations diverses de la vie. En sachant que la moitié de l’assemblée va probablement davantage s’identifier à mon épouse en raison d’un arrière-plan culturel communautaire semblable au sien. Si nous voulons éviter le piège du jugement, il nous faut apprendre et aider nos membres d’églises à se comprendre les uns les autres. Nous avons mis en place à plusieurs reprises des ateliers où l’on abordait un thème (couple, argent, éducation, piété, etc.) avec un regard multiculturel. 

Depuis mars 2020, le relationnel dans nos églises a été mis à mal. À la rentrée de septembre 2021, nous voulons accentuer encore plus les groupes de maisons, car c’est là où l’on peut vivre des relations de qualité. Nous prévoyons une série pour nos cultes et les Groupes de maison autour d’Ephésiens. C’est ce type de lettre qui nous enseigne l’équilibre sur lequel on peut bâtir la diversité. Apprendre à vivre ensemble, ce n’est pas quelque chose que l’on règle en prêchant une fois sur le sujet. Nous avons sans cesse besoin de rappels. 

Est-ce que vous allez continuer à proposer votre culte en vidéo pour ceux qui ne viendraient pas en présentiel ? 

C’est justement le dossier de notre journée de réflexion avec notre équipe d’anciens. Quelle devrait être la place de la vidéo dans notre Eglise suite au Covid-19? Ce que l’on sait aujourd’hui c’est que les technologies prennent une place de plus en plus importante dans la vie de nos concitoyens. Que l’on s’en réjouisse ou pas, nous ne pouvons pas sous-estimer cette évolution actuelle. Chaque église doit mener sa réflexion sur la place et l’usage de la vidéo et des technologies numériques, réseaux sociaux. Maintenant, plusieurs membres de notre Eglise qui travaillent dans le milieu de la vidéo nous ont particulièrement sensibilisés au fait que la vidéo ce n’est pas simplement filmer ce qui se passe en présentiel puis le mettre en ligne sur Youtube. Nous voulons réfléchir davantage aux formats et aux contenus propres à la vidéo, qui répondent à des règles et paramètres spécifiques. Nous aimerions tendre vers une approche de la vidéo comme une passerelle vers nos amis non-chrétiens.

Comment pouvons-nous toucher des personnes nouvelles par la vidéo et en particulier celles qui vivent à proximité de l’Église locale ? Quelles sont les questions que nos concitoyens se posent et auxquelles nous pourrions essayer de répondre par un support vidéo, via des réseaux sociaux et dans une approche d’évangélisation ? Nous savons tous qu’aujourd’hui quand les gens se posent des questions, leurs premiers réflexes sont de demander à Google ou à Youtube. Cette évolution profonde de notre société exige une réflexion pour trouver une voie fidèle à la Parole de Dieu et pertinente pour notre société.

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