Article 2 – La Bible, Parole de Dieu (Confession de foi pratique)

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Introduction

Dans le cadre de ses missions, le Comité théologique du Réseau FEF a réinvesti la Confession de foi du Réseau FEF pour décliner chaque article de manière pratique. L’objectif est de mettre en lumière les points doctrinaux qui rassemblent nos unions membres et d’équiper nos assemblées à vivre concrètement ces réalités essentielles. Voici le sommaire des différents articles :


Article 2 – La Bible, Parole de Dieu

Nous croyons que la Bible est la Parole de Dieu et qu’elle possède à ce titre une pleine et entière autorité. Elle est la seule règle infaillible de foi et de vie. La révélation qu’elle nous apporte ne saurait être modifiée ni complétée par aucune autre.

Nous croyons que le Saint-Esprit a souverainement présidé à l’origine et à la formation des soixante-six livres du recueil biblique. Nous croyons qu’il en a lui-même assuré l’enseignement parfait et l’entière vérité jusque dans son détail.

Grâce à l’inspiration plénière dont ils ont ainsi bénéficié, les auteurs humains de la Bible nous ont communiqué la Parole même de Dieu. Sans cesser d’être une parole humaine, portant les marques de son insertion historique. L’Écriture sainte, rédigée sans erreur dans les manuscrits originaux, exprime avec une parfaite fidélité ce que Dieu a voulu nous dire.

Nous croyons que la Bible est pleinement suffisante pour révéler ce que nous avons à connaître afin de parvenir au salut, de vivre selon Dieu et de trouver notre joie en lui.

Nous croyons que le but de l’interprétation de l’Écriture est de déterminer le sens et le message voulus par ses auteurs. La Bible a été rédigée en langage humain et doit être interprétée selon les conventions normales du langage et dans le respect de la diversité thématique et littéraire en son sein. Chaque texte doit être interprété en accord avec le reste de l’Écriture.

Confession de foi Réseau FEF

Le tournant culturo-linguistique et l’importance d’une compréhension biblique et théologique de l’Écriture et de son statut

Le tournant culturo-linguistique qui s’est mis en place à l’époque de la postmodernité possède en amont ce que certains considèrent comme un mouvement de libération du lecteur. La grammatologie de Jacques Derrida1 y a largement contribué. Chaque lecteur, immergé dans son contexte propre (histoire, culture, etc.), interprète un texte donné avec son propre jeu de catégories. Deux horizons sont alors à considérer : celui du texte et celui du lecteur. Le contexte le plus important devient celui du lecteur (ses intérêts, et ses attentes). C’est désormais lui qui est considéré comme celui qui complète le sens du texte, voire comme celui qui donne au texte son sens. Le texte et son auteur doivent ainsi renoncer à toute autorité qui leur serait propre.

La postmodernité, pour laquelle tout est question d’interprétation, bute sur la question de l’autorité de l’interprétation même. Cette seule assertion suffit à souligner l’importance de réaffirmer le statut de l’Écriture, en particulier son autorité, et de réfléchir à ses implications pour la piété personnelle, pour la vie d’Église et dans le rapport au monde.

Les Écritures et la piété personnelle

Où se trouve la révélation divine ? Certains répondront qu’elle est contenue dans les propositions bibliques. Il existe une tendance à identifier la révélation divine avec les affirmations ou les déclarations bibliques. Les Écritures sont alors considérées comme un ensemble de propositions informatives ou d’affirmations de vérité sur des réalités objectives. La piété personnelle consiste alors à sonder les Écritures pour découvrir ce qu’elles enseignent réellement.

Toutefois une compréhension des Écritures qui ne serait que « propositionaliste »2 ne rend pas justice à la variété des textes bibliques. Certains textes s’intéressent aux qualités esthétiques et affectives, pas seulement au domaine cognitif. Par ailleurs, ce n’est pas faire justice à la relation complexe entre Dieu et les Écritures que de parler uniquement « d’information ». Les Écritures sont plus que des données sur Dieu ; elles sont un mode de présence de Dieu.

D’autres identifient la révélation à l’expérience religieuse : les mots de l’Écriture expriment simplement l’expérience religieuse d’un individu ou d’une communauté3. Le Nouveau Testament, par exemple, serait l’expression de la tentative de ses auteurs d’exprimer la signification ressentie de Jésus-Christ. La subjectivité humaine devient le lieu d’une révélation qui est typiquement immédiate et non verbale.

Cependant, l’expérience chrétienne en elle-même est trop variée et peu fiable pour servir de critère ultime à notre connaissance de Dieu, car on tombe ainsi de nouveau dans la subjectivité postmoderne.

Le rapport entre Écritures et piété personnelle doit dépasser les identifications révélation=propositions bibliques et révélation=expérience religieuse4.

C’est ce qu’essaie de promouvoir Kevin Vanhoozer en soulignant qu’appliquer la vérité évangélique au contexte de la postmodernité consiste à considérer à la fois le drame dans le texte – ce que Dieu fait dans le monde au travers de Jésus-Christ – et le drame qui continue dans l’Église alors que Dieu utilise l’Écriture pour interpeller, édifier et confronter ses lecteurs5. L’Écriture doit être considérée comme un script qui demande à être joué. La théologie chrétienne cherche à poursuivre le chemin de la vérité et de la vie, non pas en l’admirant de loin, mais en le suivant et en l’incarnant. La doctrine ne cherche pas simplement à énoncer des vérités théoriques, mais à incarner la vérité dans des manières de vivre.

Penser la doctrine en termes dramatiques (dans le sens de théâtre) plutôt que théoriques fournit un modèle engageant et intégratif pour comprendre ce que signifie suivre – de tout notre esprit, de tout notre cœur, de toute notre âme et de toute notre force – le chemin, la vérité et la vie incarnés et mis en œuvre en Jésus-Christ. Le retour au Sola Scriptura ne se fait pas en posant la Bible comme un manuel rempli d’informations propositionnelles, mais en considérant la Bible comme un « scénario » qui appelle une interprétation fidèle, mais créative (dans le sens d’une saine actualisation).

« L’Écriture n’est pas dans la lecture, mais dans l’intelligence » (Hilaire de Poitiers). L’Écriture est la norme pour le chemin, la vérité et la vie chrétienne, mais seulement lorsque l’Écriture est conçue comme plus qu’un manuel de vérités propositionnelles. La Bible est un script de référence qui appelle non simplement à un consentement intellectuel, mais à une performance vivante6. Dieu ne se préoccupe pas principalement de transmettre des informations, mais d’accomplir des actions conduisant à des résultats effectifs. Il s’agit de se laisser façonner par les Écritures et de se laisser rendre participant par elles, en ayant compris le rôle qu’il nous revient de jouer.

Les Écritures et la vie communautaire

La postmodernité a placé l’autorité au sein de la communauté interprétative. Pour George Lindbeck7, le tournant culturo-linguistique de la pensée occidentale du XXe siècle signifie que l’herméneutique biblique (l’interprétation des Écritures) doit être ancrée dans les pratiques de la communauté interprétative ecclésiale. Cependant, cette conception favorise une circularité dans laquelle la Bible, lue à travers la lentille de la vie ecclésiale contemporaine, ne peut que confirmer cette même vie. L’Église dès lors devient irréformable. La voix de Dieu dans l’Écriture – caractérisée par son extériorité et son altérité – potentiellement critique, est mise en sourdine. L’Église devient la source de l’autorité en matière d’interprétation et de théologie. Et ainsi, c’est la forme de la vie et du langage de l’Église qui donne aux doctrines, notamment celle des Écritures, leurs substances et leurs significations.8

Un facteur important contribuant au tournant culturo-linguistique est la perception que les doctrines, telles qu’elles sont traditionnellement conçues, sont « théoriques » et donc sans rapport avec la pratique concrète de l’Église. C’est une bonne chose que de réaffirmer l’orientation vers la « pratique » des Écritures. Cependant, il y a avec la postmodernité un tournant, un changement de critère épistémologique. Ce ne sont plus les Écritures qui font autorité, mais l’Église. Or, si les pratiques ecclésiales servent à la fois de source et de norme pour la réflexion sur la vie et la piété, comment pouvons-nous distinguer les pratiques bien formées de celles qui sont déformées ?

C’est le privilège et la responsabilité uniques du peuple de Dieu d’exécuter les Écritures (en tant que scénario) et de poursuivre le chemin, la vérité et la vie. En effet, l’Église constitue un argument permanent, socialement incarné, qui affirme que Dieu est bon pour et avec l’humanité. Cependant, l’interprétation vécue des Écritures par l’Église participe inévitablement à la fois de l’Évangile et de la culture locale. C’est une des raisons pour lesquelles il ne faut pas faire des pratiques de l’Église9 la norme de la théologie chrétienne. L’autorité réside dans le texte lui-même (les Écritures) ; la téléologie dans l’exécution (la praxis) ; la médiation dans la direction (la théologie).

Dieu est l’agent communicatif et les Écritures sont le lieu écrit de l’action communicative de Dieu10. En d’autres termes, si Dieu fait quelque chose en communiquant, et que l’Écriture est la manière dont Dieu a « fait » cet acte de communication, alors les notions de Dieu et d’Écritures ne peuvent jamais être séparées. C’est de ce lien que découle l’autorité des Écritures, pas de la perspective de la communauté interprétative. Notre doctrine de Dieu affecte la façon dont nous interprétons les Écritures ; notre interprétation des Écritures affecte notre doctrine de Dieu.

De ce fait, nous ne pouvons pas penser à l’Écriture sans penser à Dieu, et nous ne pouvons pas penser à Dieu en dehors de l’Écriture. Nous interprétons l’Écriture comme une action communicative divine afin de connaître Dieu ; nous laissons notre connaissance de Dieu affecter notre approche de l’Écriture. C’est là un argument fort pour donner la priorité à l’intention de l’auteur dans les textes bibliques par rapport aux interprétations variables offertes par diverses communautés.

L’Église est rassemblée et gouvernée par une initiative divine d’alliance qui est à la fois la source de son identité et son principe d’autorité. L’Écriture est un document d’alliance divine. La norme avec laquelle l’Église doit évaluer les développements en cours dans son langage, sa pensée et sa vie est l’Esprit qui parle dans les Écritures. Le canon biblique – la forme finale des Écritures – est la réponse à la fois au problème de la localisation de l’autorité dans l’Église et au problème de la préservation de l’identité de l’Évangile dans le processus de sa transmission. Premièrement, le canon est le scénario du théodrame, la spécification normative de ce que Dieu disait et faisait en Christ. Deuxièmement, le canon est le document fondateur de l’alliance qui se trouve au cœur de la relation entre Dieu et l’humanité.

De même que le canon est le lieu où Dieu parle, de même l’Église est le lieu où le canon règne. Comme les Écritures font partie du drame de la rédemption, il en va de même de notre interprétation : elle doit s’inscrire de façon cohérente dans ce cadre-là. La lecture de l’Écriture n’est pas une opération que le sujet connaissant effectue sur un objet inerte. C’est le canon qui génère et régit les perspectives et interprétations de l’Église. La posture appropriée de l’Église devant le texte devrait être caractérisée par l’humilité11. Le canon nourrit la foi de l’Église lorsque celle-ci pratique « une réflexion disciplinée sur le sujet de l’Écriture »12 : Dieu.

Situer l’autorité divine dans le canon n’implique pas que la communauté puisse présumer qu’elle a un accès immédiat et sans problème à la parole de Dieu. Il existe un réel danger lorsque l’on commence à présumer qu’il existe une coïncidence nécessaire entre la parole de Dieu et l’interprétation que l’on en fait. Il revient à l’Église de « garder les pratiques canoniques vivantes et en bonne santé dans la communauté des croyants »13. La théologie elle-même n’est donc qu’une « interprétation biblique centrée sur Dieu » et, en tant que tel, son but est de développer un imaginaire biblique, afin que nous voyions la réalité comme l’Écriture la voit. En effet, la foi elle-même signifie « avoir sa pensée, son imagination, son langage et sa vie façonnés par les textes bibliques » dans tous leurs divers genres littéraires14.

Les Écritures et le rapport au monde

La présence de Dieu dans le monde n’est ni spatiale ni substantielle, mais communicative ; c’est « la présence de l’adresse et de la réponse personnelles »15. La relation Dieu-monde peut être décrite comme une relation de communication. Dieu est présent au monde dans et comme la Parole. Il est avec son peuple non pas de manière substantielle, spatiale ou causale, mais par des actes de parole. Cela ne fait que souligner l’importance de faire entendre cette Parole – les Écritures – de façon intelligible.

À chaque nouvelle génération, l’Église doit faire face à la question suivante : qu’avons-nous à dire et à faire qu’aucune institution humaine ne peut dire et faire ? La responsabilité unique de l’Église est de proclamer et d’incarner l’Évangile, c’est-à-dire de témoigner dans son discours et sa vie de la réalité de la présence et de l’action de Dieu en Jésus-Christ et dans la puissance de l’Esprit saint.

La responsabilité unique de l’Église, et en particulier de ses théologiens, est de veiller à ce que son discours et son action correspondent à la Parole de Dieu, qui est la norme de la foi et de la pratique chrétiennes.

Éléments explicatifs de l’article 2

Nous croyons dans le Dieu trinitaire

Par matthieu gangloff

Une bibliothèque

La Bible est une bibliothèque de 66 livres16, avec un ensemble de livres et non une simple juxtaposition de versets. Elle a été rédigée sur 1 500 ans, par environ 40 auteurs venant de quatre pays différents, utilisant trois langues différentes : le grec, l’hébreu et l’araméen, écrivant sur quatre supports différents : pierre, papyrus, parchemin, argile… Pourtant ce livre possède une harmonie incroyable, à tel point que l’on nomme la Bible « la bibliothèque de Dieu », car sa composition a été supervisée et inspirée par Dieu lui-même, ce que l’on appelle en terme technique la théopneustie17. Dieu ne l’a pas dictée, faisant des auteurs des personnes transparentes et absentes de la rédaction, mais il a inspiré à ces auteurs ce qu’il voulait révéler. Il est en réalité l’auteur caché derrière les auteurs.

Avant tout, sachez-le : aucune prophétie d’Écriture n’est objet d’explication personnelle ; ce n’est pas d’une volonté humaine qu’est jamais venue une prophétie, c’est poussés par l’Esprit saint que des hommes ont parlé de la part de Dieu.

2 Pierre 1:20-21

La Bible a donc une double origine, à la fois totalement divine et totalement humaine. On ne peut pas séparer les deux. Les deux fusionnent. Et quand on lit les différents livres de la Bible, on se rend compte des traits de caractères des auteurs. Il n’y a pas d’explication logique et il s’agit en réalité d’un mystère parallèle avec la personne de Jésus. Car lui aussi est à la fois tout homme et tout Dieu. La Bible est donc unique, elle est Parole de Dieu.

Cet élément est fondamental pour les évangéliques.

Un évangélique est quelqu’un pour qui la Bible est l’autorité ultime, la Parole écrite de Dieu. (…) Le chrétien évangélique reconnaît la valeur des traditions de l’Église, mais les subordonne à la Bible. Il croit en la capacité de la raison humaine, mais estime qu’elle doit être soumise à la vérité révélée par Dieu, qui seule détermine ce qui est « raisonnable ». L’évangélique croit en l’action du Saint-Esprit dans le cœur du croyant mais affirme que l’Esprit n‘agit pas indépendamment de la Parole biblique, ni à son encontre. (…) Mais accepter l’autorité suprême de l’Écriture ne signifie pas pour autant mépriser tradition et raison.18

Toute Écriture est inspirée de Dieu et utile pour enseigner, pour réfuter, pour redresser, pour éduquer dans la justice, afin que l’homme de Dieu soit à la hauteur, parfaitement équipé pour toute œuvre bonne.

2 Timothée 3.16-17

La Bible est la Parole de Dieu

Pour définir la Bible en tant que Parole de Dieu, on peut évoquer l’inspiration plénière, l’inspiration verbale et l’inerrance de la Bible.

Inspiration plénière : la Bible est inspirée de A à Z

Les écrivains prophétiques de l’Ancien Testament étaient poussés par l’Esprit saint. Rien de ce qu’ils n’ont écrit n’a été non inspiré (2 Pierre 1.21). Toute écriture, c’est-à-dire la Parole de Dieu dans son entier, est inspirée de Dieu (2 Timothée 3.16), y compris les généalogies ou les textes dérangeants.

Plusieurs textes indiquent que les auteurs du Nouveau Testament se savaient conduits et inspirés.

Nous ne pensons pas que nous sommes capables de faire quelque chose tout seuls, mais c’est Dieu qui nous a rendus capables de faire ce que nous faisons. C’est lui qui nous a rendus capables d’être les serviteurs d’une alliance nouvelle. Cette alliance ne dépend pas de la loi écrite, mais de l’Esprit saint. La loi écrite donne la mort, mais l’Esprit saint donne la vie. Les paroles de cette loi étaient gravées dans la pierre, et Moïse était au service de cette loi qui donne la mort. Malgré cela, ce service lui donnait une grande gloire. Et à cause de la gloire qui brillait sur son visage, les Israélites ne pouvaient pas le regarder. Pourtant, cette gloire ne durait pas. Mais le service de l’Esprit saint donnera une gloire encore plus grande.

2 Corinthiens 3.5-8

Et dites-vous une chose : c’est à cause de la patience du Seigneur que vous pouvez être sauvés. Voilà ce que Paul, notre frère et notre ami, a voulu vous dire dans ses lettres. Il le dit avec la sagesse que Dieu lui a donnée. C’est ce qu’il écrit dans toutes ses lettres, quand il parle de ce sujet. Il y a des passages difficiles à comprendre, alors les gens qui sont ignorants et sans formation en changent le sens. Ils font d’ailleurs la même chose avec d’autres passages des Livres saints. En agissant ainsi, ils se détruisent eux-mêmes.

2 Pierre 3.15-16

En effet, les Livres saints le disent : « Quand le bœuf travaille pendant la récolte, ne l’empêche pas de manger les épis. » Et encore : « L’ouvrier doit recevoir un salaire. »

1 Timothée 5.18 où Paul cite les Écritures, or il cite… Luc 10.7 !

C’est donc inspirés par Dieu et conscients de l’inspiration divine que les apôtres ont écrit. À noter d’ailleurs que c’est bien ce rôle d’écrivains qui distingue les apôtres des autres ministères. Ils ont posé le dépôt de la foi au nom du Seigneur.

Inspiration verbale

Ce sont les termes mêmes des documents originaux qui sont inspirés, et plus encore les mots mêmes. Ce ne sont donc pas uniquement les idées qui ont été inspirées par Dieu (1 Corinthiens 2.13). La Bible rend elle-même témoignage du fait que chaque mot qu’elle contient est inspiré de l’Esprit de Dieu.

En Matthieu 5.18, Jésus mentionne même le iota, le plus petit caractère qui sera accompli par lui. C’est donc bien une inspiration verbale, avec « nos mots » par laquelle Dieu s’est révélé. Mais ces mots sont ceux du texte original, en hébreu, en araméen et en grec.

Ceci étant, puisque Jésus a lui-même cité la traduction grecque de l’Ancien Testament quand il parlait, la traduction appelée la Septante, il nous ouvre la possibilité de citer la Bible dans une autre langue que la langue hébraïque ou juive.

Inerrance

La Bible est exempte de toute erreur pour les mots du texte original. Et puisque Dieu est l’auteur de toute la Bible, elle ne peut se contredire. L’inerrance ne s’applique pas aux copies et aux traductions, faites par des humains non inspirés par le Saint-Esprit19.

Quand on parle d’inerrance, il faut toutefois apporter quelques précisions :

  1. L’inerrance ne signifie pas l’uniformité de tous les détails dans les récits analogues écrits par différents auteurs. Ainsi, les quatre Évangiles ne disent pas tout à fait la même chose, car chaque auteur a son projet rédactionnel. De même la suite 1-2 Samuel, 1-2 Rois porte un projet différent de 1-2 Chroniques. Tout en parlant des mêmes événements, les deux séquences y portent un éclairage différent.
  2. L’inerrance biblique n’exclut pas l’usage d’images et de symboles.
  3. L’inerrance biblique n’implique pas l’usage d’un langage technique précis, conforme au vocabulaire scientifique actuel. Les auteurs bibliques étaient tous des hommes de l’Antiquité. Ils employaient le langage de leur époque et les concepts de leur époque. Ainsi, l’impératif de Jésus qui invite à aller, jusqu’aux extrémités de la Terre ou au bout du monde… ne pose pas de difficulté de compréhension, même si la Terre est ronde !
  4. Le message doit donc être replacé dans son propre cadre historique, avec son contexte pour pouvoir être compris pleinement.
  5. Enfin, l’inerrance porte sur l’ensemble du message biblique, y compris sur les textes dérangeants. Nous ne pouvons donc pas découper la Bible en morceaux et ne garder que les textes qui vont dans notre sens. D’ailleurs, prendre l’ensemble des données d’une thématique pousse parfois à revoir sa copie sur une interprétation.

La Bible fait autorité

L’Écriture est de Dieu ; l’Écriture est partout de Dieu ; et partout l’Écriture est entièrement de Dieu20. Il a plu à Dieu de se révéler au travers de ce texte millénaire21 et à ce titre le texte fait autorité pour le chrétien et pour l’Église.

La conception évangélique de l’autorité de l’Écriture fait référence à juste titre à la façon dont Jésus considérait les Écritures. (…)James Packer résume de la façon suivante : Jésus-Christ, loin de rejeter le principe de l’autorité biblique, l’a pleinement adopté. Il s’est appuyé sur lui, de tout le poids de son autorité. Or l’autorité qu’il revendiquait était absolue et inconditionnelle.22 Il a cité l’Ancien Testament comme faisant autorité pour lui.

Puisque c’est Dieu qui a parlé, l’homme ne peut qu’écouter et chercher à comprendre cette Parole divine. L’autorité de la Bible découle de son inspiration. Les apôtres et docteurs de l’Église de tous les siècles ont reconnu cette autorité suprême de la Parole de Dieu.23

La Bible, révélation de Dieu

Il convient de distinguer la révélation générale et la révélation particulière, mais aussi la révélation totale et pleine de Dieu.

La révélation dite générale.

C’est ce que l’on peut connaître de Dieu à travers la nature. Dieu a mis dans le cœur de l’homme la pensée de l’éternité (Psaume 19). On peut savoir qu’un Dieu existe à travers la nature. L’homme est donc inexcusable parce que tout être humain devrait réaliser que Dieu existe (Romains 1.18-21). Cependant, la révélation générale est insuffisante pour révéler la nature de Dieu. Elle est insuffisante pour dire à l’homme sa nature pécheresse et surtout le moyen d’être sauvé, et comment vivre une vie qui honore Dieu. Pour toutes ces raisons, il fallait une révélation particulière.

La révélation dite particulière ou spéciale

Dieu s’est donc révélé au travers de sa parole, la Bible. Il y est question de la nature de Dieu, du péché, du salut et de la manière de vivre selon Dieu. L’espérance finale est aussi annoncée.

La révélation totale et pleine

Dieu s’est révélé pleinement en Jésus-Christ (Hébreux 1). Il semble d’ailleurs que la Bible est appelée Parole de Dieu d’abord parce qu’elle révèle Celui qui est la Parole : le Christ (1 Pierre 2.1-3). C’est lui qui est au cœur de notre foi.

La Bible qualifiée

Elle est nécessaire.

Au XIVe siècle, les réformateurs ont remis la Bible au centre de la foi chrétienne. Alors que dans le christianisme de l’époque on mettait plus l’accent sur des rites et des pratiques religieuses, les protestants ont déclaré dans les grands principes de la Réforme « Sola Scriptura » : Les Écritures seules. Dit autrement, la Bible est la seule autorité pour toutes les questions relatives à la foi et à la pratique, tout le reste ne compte pas, n’a pas de valeur ! Les Écritures, et seules les Écritures constituent la norme par laquelle tous les enseignements et doctrines de l’Église doivent être mesurés.

Elle est suffisante.

Nul besoin d’une révélation de plus pour compléter la Bible. Elle est suffisante car elle est centrée sur le Christ et le révèle pleinement. Elle nous apprend tout ce qu’il fallait savoir. Alors que Jésus est le Fils de Dieu dans la Bible, la place de Jésus est toujours diminuée dans d’autres textes. Et de fait, sans la Bible il n’y a pas d’espoir, pas de solution au péché et à la mort qui s’ensuit. Pas d’espérance face au jugement de Dieu… Car Jésus-Christ Fils de Dieu sauveur n’est révélé que dans la Bible ! Et il n’y a pas besoin d’autre message, de technique, de secret à percer… La Bible est suffisante parce qu’elle révèle le seul dont nous avons besoin : le Christ !

Elle est progressive.

C’est un aspect important, souvent négligé dans le monde évangélique. Dieu ne s’est pas révélé à l’homme en une seule fois, mais de manière progressive. Les ajouts progressifs au long de l’histoire ont éclairé les révélations précédentes, sans les nier ni les rendre caduques. C’est une progression et non pas une évolution. Au fur et à mesure de l’Ancien Testament sera précisée comment va s’opérer le salut. D’abord des images vont annoncer le Christ : l’arche qui sauve Noé et sa famille du jugement de toute la Terre, le bouc qui prend la place d’Isaac, le tabernacle… Dieu annonce que viendra un libérateur comme Moïse, mais un libérateur définitif. Les prophètes vont ensuite donner des précisions sur ce libérateur, sa famille d’origine, son lieu de naissance, etc. Saint Augustin expliquait au sujet des deux Testaments : « Le Nouveau est dissimulé dans l’Ancien et l’Ancien est accompli dans le Nouveau. » Cette idée est très importante pour comprendre la Bible. On ne peut donc pas se contenter de certains textes, en particulier de nos versets favoris. Il faut les remettre dans leur contexte.

Elle est intermittente, mais fiable.

Ce n’est pas parce que la révélation de Dieu est progressive qu’elle est constante et continue. Cette révélation est souvent liée aux alliances que Dieu passe avec le peuple. Il y a parfois des périodes de silence, puis à d’autres moments des évènements. Le fait qu’elle soit intermittente a permis de vérifier sa fiabilité, et de nombreuses prophéties sont déjà devenues historiques.

Elle est historique.

La révélation n’est pas tombée toute faite. Dieu a choisi de se révéler dans l’histoire de l’humanité et au travers d’un peuple qu’il a choisi. Dans l’histoire de ce peuple, il se révèle en paroles et en actes. Dieu se présente donc d’abord comme le Dieu qui agit. Il n’est pas juste un sujet de dissertation, un concept philosophique, un Dieu qui ne serait compris que par une élite intellectuelle. Mais il est le Dieu qui agit. Il est le Dieu de l’alliance, qui a choisi de vivre en interaction avec les humains. Comme le dit Karl Barth, Dieu est le Dieu des humains, celui qui est en relation avec eux. Et l’homme, nécessairement est l’homme de Dieu, celui qui doit lui rendre des comptes. L’homme peut se mentir, s’illusionner, mais il n’est jamais sans Dieu ; tôt ou tard il devra lui faire face.

Sommaire Confession de foi pratique

Notes de bas de page
  1. Jacques Derrida, De la grammatologie, Collection « Critique », Paris, Éditions de Minuit, 2020. ↩︎
  2. Le terme anglais « propositionalism » désigne la croyance selon laquelle un texte religieux doit être traité comme une suite de propositions logiques (https://en.wiktionary.org/wiki/propositionalism). ↩︎
  3. Friedrich Schleiermacher, The Christian Faith, Edinburgh, T & T Clark, 1928. ↩︎
  4. Roy Reese, coauteur du présent ouvrage, précise : « Mais ceci dit, la vérité des propositions bibliques n’est pas sans importance. Dieu s’est révélé tout au long du drame de l’histoire par de grands actes de rédemption, par exemple : l’appel d’Abraham, la sortie d’Égypte, et le point culminant – la mort et la résurrection de Jésus-Christ pour nous sauver. La foi chrétienne est, donc, enracinée dans l’histoire. Si on nie la véracité de ces événements, on ne peut pas avoir une relation personnelle avec Dieu. Mais le problème, c’est que la simple connaissance intellectuelle de ces vérités, à elle toute seule, ne suffit pas. Il faut aussi que ces vérités soient incarnées dans nos vies et nos Églises. » ↩︎
  5. Kevin J Vanhoozer, First Theology: God, Scripture and Hermeneutics, Downers Grove, IVP Academic, 2002, p.17. ↩︎
  6. K.J. Vanhoozer, ibid., p. 236 ↩︎
  7. George Lindbeck, « Postcritical Canonical Interpretation: Three Modes of Retrieval », dans Christopher R. Seitz et Kathryn Greene-McCreight (dir.), Theological Exegesis: Essays in Honor of Brevard S. Childs, Grand Rapids, W.B. Eerdmans Pub. Co., 1999, p. 26 51. ↩︎
  8. John Milbank, « Postmodern Critical Augustinianism : A Short Summa in Forty-two Responses to Unasked Questions », dans Graham Ward (dir.), The Postmodern God: A Theological Reader, Oxford, Blackwell, 1997, p. 267. ↩︎
  9. Ces pratiques peuvent par ailleurs varier au sein d’une même union d’Églises. On imagine ce que cela peut être au sein d’un réseau d’unions d’Églises. Si elles devenaient normatives, non seulement ces pratiques nieraient l’autorité qui ne revient qu’aux Écritures, mais elles rendraient toute collaboration entre Églises compliquée voire impossible. ↩︎
  10. Dans cet ordre d’idées, voir Vern S. Poythress, God Centered Biblical Interpretation, Phillipsburg, N.J., P & R Pub., 1999; Kevin J. Vanhoozer, The Drama of Doctrine: A Canonical Linguistic Approach to Christian Doctrine, Louisville, Westminster John Knox Press, 2005. ↩︎
  11. C’est en particulier le cas face à certaines difficultés textuelles. La Bible est totalement cohérente, car elle procède de Dieu l’Esprit. Les apparences de contradiction ou de confusion internes sont donc trompeuses. La tâche de l’Église-exégète est de trouver comment comprendre et essayer de résoudre ces difficultés en faisant totalement confiance à la véracité des Écritures. ↩︎
  12. Paul C. McGlasson, « The Significance of Context in Theology: A Canonical Approach », dans Christopher R. Seitz et Kathryn Greene-McCreight (dir.), Theological Exegesis: Essays in Honor of Brevard S. Childs, Grand Rapids, W.B. Eerdmans Pub. Co., 1999, p. 70. ↩︎
  13. Kevin J. Vanhoozer, The Drama of Doctrine: A Canonical Linguistic Approach to Christian Doctrine, Louisville, Westminster John Knox Press, 2005, p. 219. ↩︎
  14. K.J. Vanhoozer, First Theology : God, Scripture and Hermeneutics, Downers Grove, IVP Academic, 2002, p.334. ↩︎
  15. Ibid., p.90. ↩︎
  16. Selon le canon protestant. ↩︎
  17. Voici comment Louis Gaussen définit la théopneustie : On appelle de ce nom la puissance mystérieuse qu’exerça l’Esprit divin sur les auteurs des Écritures de l’Ancien et du Nouveau Testament, pour les leur faire composer telles que l’Église de Dieu les a reçues de leurs mains. (…) Les uns ont méconnu jusqu’à l’existence de la théopneustie. D’autres en ont nié l’universalité. D’autres enfin, la plénitude. Notre dessein dans ce livre, contrairement à ces trois systèmes, est de prouver l’existence, l’universalité et la plénitude de la théopneustie.» Théopneustie, Gaussen, cité dans Apologétique canonique, Gretlliat, éd. Théotex, p.605. ↩︎
  18. Graeme Goldsworthy, Christ au cœur de la prédication, éditions Excelsis, 2005, p.31. ↩︎
  19. Comme la plupart des gens ne connaissent pas ces langues (hébreu et grec), il a fallu traduire la Bible pour la rendre accessible au public. Mais comme le savent tous ceux qui connaissent plus d’une langue, il n’existe pas de traduction parfaite (…) étant donné les insuffisances de toute traduction, il est conseillé de se servir de plusieurs versions de la Bible. Gilbert Bilézikian, Élémentaire, mon cher Théo, éd. Farel, 2004, p.18. ↩︎
  20. Théopneustie, Gaussen, cité dans Apologétique canonique, Gretlliat, éd. Théotex, p.605. ↩︎
  21. Mais Dieu n’en est pas seulement l’Auteur. Il a également établi des règles précises pour la transmission et l’interprétation de ce texte. Les tables devaient être transportées dans un coffret spécialement fabriqué, l’arche de l’alliance. De plus, la lecture orale et la reproduction écrite de ces paroles divines étaient strictement réglementées. ArendRemmers, Stefan Drueke, L’histoire merveilleuse de la transmission de la Bible, La Maison de la Bible, 2002. ↩︎
  22. James I. Packer, Fundamentalism and the Word of God, Londres, IVP, 1958, cité par Graeme Goldsworthy, Christ au cœur de la prédication, éd. Excelsis, 2006, p.74. ↩︎
  23. L’inspiration et l’autorité de la Bible, R. Pache, éd. Emmaüs, 1967. ↩︎

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